dimanche 28 février 2010

Marx à l'endroit

Au même titre que la montre Tank Cartier, le 5 de Chanel ou le sac Kelly de chez Hermès, la Pléiade est connue et exportée dans le monde entier. Effet secondaire de sa notoriété, la Pléiade est plagiée et piratée, «mais de façon si grossière que cela ne peut créer aucune confusion», indique Antoine Gallimard.

On rigole, certes, mais on aime malgré tout ces livres-là, sobres et précieux, discrets et m'as-tu-vu, économiques et hors de prix, un peu comme nous, perclus de contradictions. Lire Marx à vingt ans, on s'en souvient encore, relié cuir pleine peau sur papier bible chamois 36 grammes, Garamond corps 9 : Radical Chic pourrait-on dire - si un talentueux ne l'avait déjà fait. On s'en souvient aussi pour le choix lumineux de l'éditeur, Maximilien Rubel, qui résista à tout, au nazisme comme au marxisme officiel, consacrant sa vie à l'auto-émancipation et, nous dit Louis Janover, à divulguer "les mille et une ruses grâce auxquelles Marx a été mis au service d’une oppression que toute son oeuvre dénonce", pour rendre, c'était déjà le but en 1843, "l’oppression réelle encore plus oppressive, en lui ajoutant la conscience de l’oppression, rendre la honte plus honteuse encore en la divulguant". Un communiste libre et iconoclaste, en vrai. Maximilien Rubel est mort le 28 février 1996.

samedi 27 février 2010

Wikipedia

http://fr.wikipedia.org/wiki/James_Joyce
Nombre de critiques du XXe siècle ont prétendu que l'œuvre de Joyce avait eu un effet désastreux sur la fiction moderne et post-moderne, créant des générations d'écrivains qui abandonnaient la grammaire, la cohérence et la trame de leur histoire en faveur de divagations nombrilistes illisibles.

jeudi 25 février 2010

Logiques floues

Le 25 février 1922, on guillotina Henri Désiré Landru devant la prison de Versailles. Sa dernière volonté aurait été de se laver les pieds, qui lui fut refusée par crainte d'un suicide.

Run till we drop, baby we'll never go back

Memorial Coliseum, Phoenix, Az, July 8th 1978



In the day we sweat it out in the streets of a runaway American dream
At night we ride through mansions of glory in suicide machines
Sprung from cages out on highway 9,
Chrome wheeled, fuel injected
and steppin' out over the line
Baby this town rips the bones from your back
It's a death trap, it's a suicide rap
We gotta get out while we're young
'Cause tramps like us, baby we were born to run

Wendy let me in I wanna be your friend
I want to guard your dreams and visions
Just wrap your legs 'round these velvet rims
and strap your hands across my engines
Together we could break this trap
We'll run till we drop, baby we'll never go back
Will you walk with me out on the wire
'Cause baby I'm just a scared and lonely rider
But I gotta find out how it feels
I want to know if love is wild
girl I want to know if love is real

Beyond the Palace hemi-powered drones scream down the boulevard
The girls comb their hair in rearview mirrors
And the boys try to look so hard
The amusement park rises bold and stark
Kids are huddled on the beach in a mist
I wanna die with you Wendy on the streets tonight
In an everlasting kiss

The highway's jammed with broken heroes on a last chance power drive
Everybody's out on the run tonight
but there's no place left to hide
Together Wendy we'll live with the sadness
I'll love you with all the madness in my soul
Someday girl I don't know when
we're gonna get to that place
Where we really want to go
and we'll walk in the sun
But till then tramps like us
baby we were born to run

mardi 23 février 2010

Ni retour, ni réconciliation

On fête le 23 février, entre autres, l'éventuel Polycarpe de l'assistance. Selon la légende, Polycarpe de Smyrne, disciple de Jean, on a fait pire, maître des premiers évêques lyonnais, ne s'est pas vraiment démonté le 23 février 155, trainé à 80 ans passés devant le proconsul Statius Quadratus :

- J'ai des bêtes féroces, je vais te faire jeter à elles si tu ne te repens.
- Fais-les venir. Nous ne reculons pas, nous autres, pour aller du mieux au pire.
- Puisque tu méprises les bêtes, je te ferai brûler, si tu ne changes d'avis.
- Tu me menaces d'un feu qui brûle une heure, et s'éteint aussitôt : ne sais-tu pas qu'il y a le feu du juste jugement et de la peine éternelle ?

On le brûla donc, et on le célèbre depuis, chez nous par exemple en une belle église 17ème, encastrée dans la colline de la Croix-Rousse et coincée entre les immeubles environnants ; église sur laquelle, nous disent J-B Monfalcon et Robert Luc, flotta le drapeau noir dès le 10 avril 1834, au commencement du soulèvement armé des canuts, drapeau noir qui flottera encore le 13 avril quand le Général Fleury adressera sa dernière sommation aux derniers insurgés, ceux des quartiers de la Croix-Rousse et du faubourg de Bresse. La soumission, comme ils disent, de la Croix-Rousse ne sera complète, à la baïonnette, que le mardi 15 avril, l’église Saint-Polycarpe et son drapeau noir tombant pour leur part ce matin-là à 7 heures.

A suivre :
clic-clic

(Photo DR)

dimanche 21 février 2010

A prononcer vos noms sont difficiles

Les vingt-deux hommes du Groupe ­Manouchian ont été fusillés au Mont-Valérien le 21 février 1944. Olga Bancic, elle, a été décapitée à la prison de Stuttgart le 10 mai 1944.

Les photos publiées par Serge Klarsfeld clic-clic témoignent de l'exécution de Celestino Alfonso, Wolf Josef Boczor, Emeric Glasz, Marcel Rayman, Georges Cloarec, Rino Della Negra, Cesar Lucarini, Antonio Salvadori, Thomas Elek, Mojsze Fingercweig, J
onas Geduldig "Martinuiuk" et Wolf Wajsbrot. Faisaient également partie du Groupe, outre Missak Manouchian lui-même, Spartaco Fontano, Léon Goldberg, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki, Armenak Arpen Manoukian, Roger Rouxel, Willy Szapiro, Amédéo Usséglio et Robert Witchitz.

Le 1er mars 1944, leur journal, clandestin, salua ces Morts pour la France, sans rappeler leurs noms ni leur engagement communiste.

samedi 20 février 2010

Strange Tales from a Strange Time

LOS ANGELES 20 Février 2005 (AFP) - Le journaliste et écrivain américain Hunter Thompson, auteur de "Las Vegas parano", était au téléphone avec sa femme quand il a pris son fusil et s’est suicidé, a-t-elle confié vendredi à un journal local du Colorado (Ouest). Anita Thompson parlait, depuis son club de gym, avec l’écrivain de 67 ans qui lui demandait de rentrer à la maison pour l’aider à écrire sa chronique sportive hebdomadaire pour un site internet, a-t-elle raconté au Aspen Daily News. Pendant la conversation, il a posé le combiné près de sa machine à écrire, sur le plan de travail de sa cuisine, a chargé son revolver et tiré. C’est son fils Juan qui a retrouvé le corps dans sa maison de Woody Creek, près de la station de ski d’Aspen.
"Il a posé le téléphone et il l’a fait. J’ai entendu le déclic de l’arme", a expliqué Anita Thompson, 32 ans, qui avait épousé l’inventeur du "gonzo-journalisme" en avril 2003. Elle a entendu un bruit fort mais étouffé, et n’a pas compris ce qui se passait. "J’attendais qu’il reprenne le combiné".
Thompson, chantre de la contre-culture des années 1960, parlait de se suicider ces derniers mois. "Il voulait partir au plus haut de sa forme. J’aurais voulu lui être d’un plus grand soutien, mais c’était difficile", a-t-elle encore confié.
Observateur désabusé de la décadence et des hypocrisies de la société américaine, Thompson écrivait, dans un style acerbe et drôle, des histoires incongrues et délirantes, souvent à la première personne.


Plus tard, Johnny Depp fera construire le canon monumental qui enverra au ciel les cendres de l'écrivain. Pendant la cérémonie, on jouera Mr Tambourine Man.

jeudi 18 février 2010

Y a un climat, quelle drôle de vie

Le roi des chats



« La meilleure façon de commencer est de dire : Balthus est un peintre dont on ne sait rien. Et maintenant, regardons les peintures. »
Balthasar Kłossowski est mort le 18 février 2001. Depuis, les amies de Jérome Leroy s'occupent du chat, qui n'a pas l'air de s'en plaindre. La photo, on s'en doute, est de Cartier-Bresson.

samedi 13 février 2010

Un malheur d’un type nouveau

La langue de mes livres porte, avant tout, la culture de mes personnages, des écrivains-chamanes que je mets en scène et des lecteurs que j’imagine. Elle véhicule leur culture subversive, cosmopolite et marginale, une culture de rêveurs et de combattants politiques qui ont perdu toutes leurs batailles et qui ont encore le courage de parler, alors qu’ils ont aussi perdu la bataille contre le silence. C’est pourquoi ici je ne suis pas ambassadeur de la langue française. Je suis seulement ambassadeur de mes personnages. À quoi ressemble le langage dans lequel ils s’expriment ? À une langue variée et parfois pauvre, parfois mutilée ou, au contraire, luxuriante et baroque. Leur langue n’est pas une langue nationale, mais la langue transnationale des conteurs d’histoires, des exclus, des prisonniers, des fous et des morts. Je suis ici porte parole de leurs voix. Dans mes livres, je traduis en français les fictions qu’ils produisent pour protester contre le réel, pour saboter le réel ou pour transformer le réel.
Voilà pour la langue.
[...]
J’ai parlé d’inconscient collectif. Ce qui est avant tout à l’origine de mon travail, c’est la mémoire collective. Il y a en effet une volonté constante de s’approprier et d’utiliser, dans chaque livre, à chaque page, à chaque moment, des souvenirs communs aux individus qui ont traversé le XXe siècle. Au delà des individus, bien entendu, et quelle que soit leur expérience réelle des événements, il y a l’expérience historique, sur plusieurs générations.
Lénine prophétisait « un siècle de guerres et de révolutions ». C’est bien là que s’abreuve la mémoire de mes personnages. Lénine ne s’est pas trompé dans sa prédiction, mais il a été trop optimiste. Sa description prémonitoire du XXe siècle était incomplète. Aux guerres et aux révolutions se sont superposés les massacres ethniques, la Shoah et les camps, camps de concentration, camps de travail, camps de rééducation, camps de réfugiés, et j’en passe, car les variantes ont été nombreuses.
Le XXe siècle malheureux est la patrie de mes personnages, c’est la source chamanique de mes fictions, c’est le monde noir qui sert de référence culturelle à cette construction romanesque. La langue de mes personnages n’est pas une langue nationale, c’est la langue générale de ceux qui subissent le malheur et qui, pour contrer le malheur, trouvent des solutions révolutionnaires qui pourraient fonctionner mais qui ne fonctionnent pas, des solutions insurrectionnelles qui pendant un moment éphémère concrétisent une espérance, puis dégénèrent, se dégradent, deviennent un malheur d’un type nouveau.
La langue de mes narrateurs et de mes narratrices n’est pas une langue nationale, c’est dans certains cas à peine une langue humaine, c’est la langue de ceux qui malgré leurs efforts, tout au long du XXe siècle, ont connu seulement des défaites. En se référant en permanence aux tragédies archivées dans la mémoire collective, mes personnages épuisés prennent la parole et écrivent des livres. Ils parlent une langue étrangère au monde réel, ils recourent à des formes littéraires étrangères à la littérature du monde contemporain, ils s’expriment en inventant des formes décalées de roman des romånces, des Shaggås, des entrevoûtes, des narrats.

Antoine Volodine
: Écrire en français une littérature étrangère
Chaoïd, n°6, automne-hiver 2002

Nous sommes ailleurs, nous ne vous parlons pas

C'est une démarche d'aversion, vous saisissez ? D'aversion et de malveillance.
Yasar Tarchalski, cité par AV

jeudi 11 février 2010

Ici Golpiez, il fait très noir, répondez

Quand tout nous avait été retiré, même les masques, nous écoutions les musiques de Tchuang. Nous avions abouti sur les dépôts d'ordures ou en prison, nous étions enfouis dans les cendres jusqu'à l'oubli, et nous énumérions les morts : Maria Schrag, Siegfried Schulz, la commune Katalina Raspe, le commando Verena Goergens, Infernus Iohannes, Golpiez, Breughel, la commune Ingrid Schmitz et tant d'autres. Il ne restait plus, parmi les poètes de la subversion, que des ombres. A l'extérieur, les maîtres envoyaient leurs chiens fouiller les décombres que nous avions habités, et ils ordonnaient à leurs clowns de salir odieusement les paroles que nous avions prononcées au coeur des flammes. C'est dans ces moments de détresse que nous ressentions le besoin d'entendre un écho de ce qui avait nourri, autrefois, nos existences. [...]

Antoine Volodine

clic-clic Voix d'os Murmurat inédit en 777 mots
in Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997

dimanche 7 février 2010

Vulgaire

Un CV d'anthologie : cornac (oui, d'éléphants), la Rose Rouge, Ferré, Blondin, Fallet, Bob Giraud, Abel Gance, Brassens, Doisneau, Père Ubu, Brigitte Fontaine, etc. etc. (et pour finir, son cabaret revendu à Jo Attia). Allez-y voir.

Un répertoire comme on n'osera plus : Villon, Ronsard, Aragon, Mac Orlan, Couté, Corbière, Hikmet, Carco, etc. etc. Première interprète de l'Affiche Rouge. Et sa voix. Écoutez donc : Maintenant que la jeunesse.

"Quand [le disque] est sorti, tout le monde a rouspété dans les Lettres françaises, le journal de Louis [Aragon]. La femme qui faisait la critique a démoli ce disque en disant que c’était mauvais et qu’elle avait horreur de l’accordéon, que c’était vulgaire."

vendredi 5 février 2010

Que dis-je, une loi ? Une Loi !

21. Tout le jargon sociétal sur les "communautés" et le combat aussi métaphysique que furieux entre "la République" et "les communautarismes", tout cela est une foutaise. Qu'on laisse les gens vivre comme ils veulent, ou ils peuvent, manger ce qu'ils ont l'habitude de manger, porter des turbans, des robes, des voiles, des minijupes ou des claquettes, se prosterner à toute heure devant des dieux fatigués, se photographier les uns les autres avec force courbettes ou parler des jargons pittoresques. Ce genre de "différences" n'ayant pas la moindre portée universelle, ni elles n'entravent la pensée, ni elles ne la soutiennent. Il n'y a donc aucune raison, ni de les respecter, ni de les vilipender. Que "l'Autre", [...] vive quelque peu autrement, voilà une constatation qui ne mange pas de pain.

22. Quant au fait que les animaux humains se regroupent par provenance, c'est une conséquence naturelle et inévitable des conditions le plus souvent misérables de leur arrivée. Il n'y a que le cousin, ou le compatriote de village, qui peut, volens nolens, vous accueillir au foyer de St Ouen l'Aumône. Que le chinois aille là où il y a déjà des Chinois, il faut être obtus pour s'en formaliser.

23. Le seul problème concernant ces "différences culturelles" et ces "communautés" n'est certes pas leur existence sociale, d'habitat, de travail, de famille ou d'école. C'est que leurs noms sont vains là où ce dont il est question est une vérité, qu'elle soit d'art, de science, d'amour ou, surtout, de politique. Que ma vie d'animal humain soit pétrie de particularités, c'est la loi des choses. Que les catégories de cette particularité se prétendent universelles, se prenant ainsi au sérieux du Sujet, voilà qui est régulièrement désastreux. Ce qui importe est la séparation des prédicats. Je peux faire des mathématiques en culotte de cheval jaune et je peux militer pour une politique soustraite à la "démocratie" électorale avec une chevelure de Rasta. Ni le théorème n'est jaune (ou non-jaune), ni le mot d'ordre qui nous rassemble n'a de tresses. Non plus d'ailleurs qu'il n'a d'absence de tresses.

Derrière la Loi foulardière, la peur
Alain Badiou
, Circonstances 2, Lignes/Léo Scheer, 2004

mercredi 3 février 2010

S'incliner comme un crack


"Dans chaque film de Cassavetes, il y a un truc piège qui vous laisse sur le carreau, il y en a même dix, vingt, ce qui explique que toute personne humaine a eu un coup de cœur pour Cassavetes.
D’abord, on l’aime parce que c’est un perdant. Gena Rowlands, Ben Gazzara en patron de boîte de nuit (The killing of a chinese Bookie), ils savent juste perdre avec classe. Ici-bas faut être drôlement salaud pour ne pas perdre un jour ou l’autre la partie décisive. Cassavetes, il s’incline comme un crack, comme un as, c’est un peu le plus grand jour de sa vie (Brando pareil en amoché, Welles pareil en trahi). Ils ont tous perdu leur mise au jeu du cinéma. Cassavetes, il se fait beau pour le coup, il en rajoute dans l’élégance, on se dit il est mort avec le sourire ce bandit, en emportant son secret, celui du bookmaker chinois, le grand détachement.
On peut donc organiser de gigantesques scènes de ménage, voyager avec ses amis, défier des gangsters, qu’importe, si on n’est pas tout à fait là, on ne se fait jamais vraiment coincer.
Lui, le beau ténébreux nerveux, c’était l’as du détachement."
Michel Butel, Détachement
Regards sur Cassavetes, Supplément d'âme hors série numéro un

John Cassavetes filmait des personnes humaines. Il est mort le 3 février 1989 des suites d'une cirrhose.

mardi 2 février 2010

Ashes to Ashes



Le 2 février 1979, Sid Vicious meurt dans un hôtel de Greenwich Village. Son corps incinéré, ses cendres auraient été dispersées sur la tombe de Nancy Spungen. Mais, selon le Guardian, elles auraient plutôt été renvoyées à Londres et y auraient été éparpillées accidentellement dans l'aéroport d'Heathrow. Malcolm McLaren prétend pour sa part avoir lui-même remis l'urne à la mère de Sid, laquelle, comme d'habitude alcoolisée, l'aurait fait tomber sur le sol du bar dans lequel ils s'étaient retrouvés : les cendres répandues auraient ensuite été réglementairement déblayées, serpillère et seau d'eau.