Comment lutter contre la chaleur urbaine ?
Il y a 1 jour
(pour le monde qui va)
Shoot them for what? They never called me nigger, they never lynched me, they didn't put no dogs on me, they didn't rob me of my nationality, rape and kill my mother and father... Shoot them for what? How can I shoot them poor people? Just take me to jail.
Quand le vieil Abe rentra à la maison, les gosses étaient assis à table en train d'hurler et de manger et il leur dit de se taire, il avait l'intention de dormir et il alla dans la chambre, en titubant légèrement, les yeux rouges et à peine ouverts. Il enleva ses vêtements soigneusement et les suspendit, mit un filet sur ses cheveux et se coucha. Nancy entra et s'allongea près de lui en lui chatouillant le trou du cul. Il la repoussa, se ficha de sa tête et il lui dit de foutre le camp et de le laisser tranquille. Elle lui dit qu'il n'en était pas question, qu'elle voulait sa petite ration de cul et il lui balança une gifle en travers de la figure en lui disant d'aller se chercher une banane et elle le traita de putain de salaud de bon à rien et il lui mit un coup de poing sur sa sale gueule, la faisant tomber du lit et lui disant d'aller foutre son cul ailleurs ou bien j'te pèle la gueule et il la traîna hors de la pièce. Elle se traina jusqu'à la cuisine, puis elle se redressa en s'appuyant au bord de l'évier, et continua à le traiter de putain de salaud, puis elle se passa la tête sous le robinet d'eau froide. Sa fille s'approcha pour l'aider et Nancy continuait à crier puis le sentiment de frustration la fit se mettre à pleurer et sa fille lui dit de ne pas pleurer, Jésus nous aime, maman. Nancy lui répondit de lui foutre la paix.
E depois do amor, e depois de nós
On l'apprend avec calme, on ne s'étonne pas bruyamment. Du sapin suffira, un drap blanc, pas de dépenses, nous n'avons plus rien. Premièrement escamoter l'arme ; et deuxièmement la toilette ; mon vieux costume bleu marine à rayures conviendra et cravate autour du cou bien serrée. Enfin on étouffe l'affaire, surtout auprès des jeunes générations, dans un cimetière de campagne, en pays natal, loin. La grande photographie de la princesse accroché au-dessus de mon lit vous revient de droit.
Vladimir Vladimirovitch Maïakovski, † le 14 avril 1930. L'année dernière, on regardait Detroit disassembled clic-clic.
Quand nous sommes sortis lui et moi en cette fameuse fin de matinée de juillet, lui voulait aller à droite, moi à gauche bien entendu. N’étant du tout d’un caractère décidé et dominateur mais plutôt, par certains côtés, assez irrésolu pour ne pas dire velléitaire et très bonne pâte qui plus est, nous voilà tous deux partis sur notre droite évidemment. Mal nous en prit cependant d’avoir suivi cette pente ; à peine parcourue la centaine de mètres nous séparant du premier coin de rue (celui où, il y a peu, le bar de L’Avenir maintenant disparu faisait angle) qu’une crevasse d’une profondeur d’enfer creusée à même l’asphalte déjà brûlant de soleil nous fit face. Certes ce sont là choses qui surviennent fréquemment dans nos villes d’entre-deux-guerres et sans crier gare, il n’en restait pas moins que nous nous retrouvions tous deux Gros-Jean comme devant et assez déconfits ; très perplexes aussi quant à l’attitude à adopter à l’égard de ce soudain problème. Poursuivre coûte que coûte et nous enfoncer au cœur de cette crevasse dans l’espoir insensé d’atteindre un jour le trottoir d’en face, au risque d’user dans cette affaire beaucoup de nos jeunes énergies ou bien, tel que je le préconisai d’entrée, renoncer, revenir sur nos pas et sagement reprendre l’idée qui était mienne au départ ?
Jacques Prévert est quelqu’un dont on apprend des poèmes à l’école. Il en ressort qu’il aimait les fleurs, les oiseaux, les quartiers du vieux Paris, etc. L’amour lui paraissait s’épanouir dans une ambiance de liberté ; plus généralement, il était plutôt pour la liberté. Il portait une casquette et fumait des Gauloises ; on le confond parfois avec Jean Gabin ; d’ailleurs c’est lui qui a écrit le scénario de Quai des brumes, des Portes de la nuit, etc. Il a aussi écrit le scénario des Enfants du paradis, considéré comme son chef d’œuvre. Tout cela fait beaucoup de bonnes raisons pour détester Jacques Prévert ; surtout si on lit les scénarios jamais tournés qu’Antonin Artaud écrivait à la même époque.
Je comprend mal l'émotion intense qui m'étreint, à un moment donné, à la pensée qu'en ce même instant je pourrais être sur une route ensoleillée des Charentes, ou sur les falaises lumineuses et brumeuses qui dominent Rouen, ou dans la voiture de Claude entre Brive et Limoges, ou dînant à Poitiers, ou arrivant à Bayonne. L'image se rattache toujours à du déjà vu, du déjà ressenti; tout y concourt à créer l'hallucination : les parfums, les couleurs, l'écho à peine éteint des paroles qui auraient pu être échangées, le temps qu'il fait et l'heure qu'il est. Il me semble alors que là, et pas ailleurs, devrait être ma place dans le monde et ce sentiment, voisin de celui d'avoir gâché ma vie, est plein d'une délectable nostalgie.
Rien ne peut être fait sans la solitude. Je me suis créé une solitude que personne ne soupçonne. Il est très difficile aujourd’hui d’être seul, car nous avons des montres. Avez-vous vu un saint avec une montre ? J’ai pourtant cherché partout pour en trouver un, même chez les saints qui passent pour les patrons des horlogers.
Mais attendez. Avant qu'on me passe cet horrible sac sur la tête, j'ai le droit de dire quelque chose. Qu'est-ce que je vais raconter ? Il y a quelque chose de terriblement banal dans les dernières paroles des criminels endurcis sur le gibet. Je dirai simplement : "Auf Wiedersehen, cochons d'enculés !".
Allongeant son ombre immense
Le paysan qui, à Roccapalumba, monte dans le train d'Agrigente demande à trois reprises et à trois personnes différentes si le train va bien à Agrigente : trois fois de suite, la même réponse : "Probablement..." La troisième fois, la réponse est fournie carrément par un contrôleur : tant et si bien que le paysan se résigne à rester dans le doute. Personne n'est certain que le train va à Agrigente : on le présume, c'est ce qui était marqué, et c'est ce que supposent les voyageurs et ceux qui conduisent la locomotive; mais il se pourrait bien qu'il aboutisse à Trapani, à Messine ou en enfer.