Leprest - Arti, 1992
[Blondin, le 7 juin 1991. Forster, sinon, Miller, Jean Harlow clic-clic. Et l'anniversaire de Fred Vargas.]
(pour le monde qui va)
Je comprend mal l'émotion intense qui m'étreint, à un moment donné, à la pensée qu'en ce même instant je pourrais être sur une route ensoleillée des Charentes, ou sur les falaises lumineuses et brumeuses qui dominent Rouen, ou dans la voiture de Claude entre Brive et Limoges, ou dînant à Poitiers, ou arrivant à Bayonne. L'image se rattache toujours à du déjà vu, du déjà ressenti; tout y concourt à créer l'hallucination : les parfums, les couleurs, l'écho à peine éteint des paroles qui auraient pu être échangées, le temps qu'il fait et l'heure qu'il est. Il me semble alors que là, et pas ailleurs, devrait être ma place dans le monde et ce sentiment, voisin de celui d'avoir gâché ma vie, est plein d'une délectable nostalgie.
Au fond, ce qui me donne le plus de mal dans le Tour de France, ce n'est pas le papier à faire, c'est le papier à fleurs, celui de nos chambres d'hôtel, sur les murs contre lesquels nous poussons nos tables pour écrire et qui change constamment, nous plongeant au préalable dans un terrible dépaysement.