Affichage des articles dont le libellé est Perdants magnifiques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Perdants magnifiques. Afficher tous les articles

lundi 24 avril 2023

Pas dix ronds #38 (Invincible defeat #3)

On se recopie, certes, mais on ne savait pas - il y a douze ans - que la chanson avait fait dernière à l'Eurovision.

 E depois do amor, e depois de nós
O dizer adeus, o ficarmos sós.
And after love, and after us
Saying goodbye, staying alone.


 clic-clic

Niza - Calvario 1974

[Emissores Associados de Lisboa, le 24 avril  clic-clic 1974 à 22 h 55 : «Faltam cinco minutos para as 23 horas. O Paulo de Carvalho com o Eurofestival 74 : E Depois do adeus». C'était le signal, et c'est parti : le lendemain, l'Estado Novo avait disparu - et disparaîtront ensuite, très vite, les autres dictatures de ce côté-ci de la Méditerranée. Le lendemain aussi on avisera, et on trouvera un hymne un peu moins, comment dire, enfin un peu plus historique. Sinon, vous ai-je déjà dit que j'aimais Christiane Rochefort, morte le 24 avril 1998 ? Oui, je vous l'ai dit clic-clic. Idem  Jorge Manrique, José Giovanni, Captain Sensible, Marie-France Pisier, Bella Ciao, et - oui - Marielle.]

lundi 23 avril 2018

Un air qui vaut pas dix ronds #332


Thunders 1977.

[Johnny Thunders, le 23 avril 1991. Arlen, Clapton, Otto Preminger, Steiner, Manchette, Chabrol et Jil Caplan clic-clic, pas mal.]

lundi 11 avril 2016

Les causes perdues


Ô Rose 
Comme s'en vont les choses Rose.

Miossec 2004

[Le 11 avril ici clic-clic, on a tout Rose. Vonnegut, aussi, et Prévert.]

mardi 5 août 2014

Obi-Wan (this invincible defeat #2)

You can't win, Darth. If you strike me down, I shall become more powerful than you could possibly imagine.

[Alec Guinness de Cuffe, le 5 août 2000. Marilyn aussi, bien sûr, The Kills et Pasolini - la Saint-Abel, la Saint-Oswald, sinon clic-clic.]

mercredi 22 juin 2011

Mendiants et orgueilleux

- Comment s’est passé la réédition de vos livres ?
- Vous croyez que moi, qui me lève à midi, j’ai le temps de téléphoner à qui que ce soit pour demander quelque chose ? Mes livres sont traduits dans toute l’Europe parce qu’on m’a téléphoné, parce qu’on m’a écrit.

[Albert Cossery, mort le 22 juin 2008, ça nous reposera un peu de la valeur travail, du cancer de l'assistanat et des salauds catholiques. La photo est de Gérard Rondeau. L'année dernière, Graziella de Michele clic-clic, une bien jolie chanson des vilaines années 80.]

mercredi 12 janvier 2011

Cet air entêté (provisoirement)

Seule, peut-être, une mélancolie active, radicale [...] nostalgie d'instants d'éternité, d'évènements impromptus et inoubliables [...] dans une fidélité inquiète à ceux qui se sont battu, et qui ont perdu, provisoirement.

La nostalgie d'un passé qui reste à advenir : Daniel Bensaïd manque - un an, voilà.

jeudi 28 octobre 2010

Plans, séquences

Puisque que l'on parle de Scorsese, de beauté, de défaite, de Cerdan et de LaMotta.

This invincible defeat #1

La beauté de Marcel Cerdan, par Martin Scorsese - Cerdan disparu le 28 octobre 1949, à jamais vaincu par Jack LaMotta.

You win a while, and then it’s done –
Your little winning streak.
And summoned now to deal
With your invincible defeat.

jeudi 25 février 2010

Run till we drop, baby we'll never go back

Memorial Coliseum, Phoenix, Az, July 8th 1978



In the day we sweat it out in the streets of a runaway American dream
At night we ride through mansions of glory in suicide machines
Sprung from cages out on highway 9,
Chrome wheeled, fuel injected
and steppin' out over the line
Baby this town rips the bones from your back
It's a death trap, it's a suicide rap
We gotta get out while we're young
'Cause tramps like us, baby we were born to run

Wendy let me in I wanna be your friend
I want to guard your dreams and visions
Just wrap your legs 'round these velvet rims
and strap your hands across my engines
Together we could break this trap
We'll run till we drop, baby we'll never go back
Will you walk with me out on the wire
'Cause baby I'm just a scared and lonely rider
But I gotta find out how it feels
I want to know if love is wild
girl I want to know if love is real

Beyond the Palace hemi-powered drones scream down the boulevard
The girls comb their hair in rearview mirrors
And the boys try to look so hard
The amusement park rises bold and stark
Kids are huddled on the beach in a mist
I wanna die with you Wendy on the streets tonight
In an everlasting kiss

The highway's jammed with broken heroes on a last chance power drive
Everybody's out on the run tonight
but there's no place left to hide
Together Wendy we'll live with the sadness
I'll love you with all the madness in my soul
Someday girl I don't know when
we're gonna get to that place
Where we really want to go
and we'll walk in the sun
But till then tramps like us
baby we were born to run

samedi 13 février 2010

Un malheur d’un type nouveau

La langue de mes livres porte, avant tout, la culture de mes personnages, des écrivains-chamanes que je mets en scène et des lecteurs que j’imagine. Elle véhicule leur culture subversive, cosmopolite et marginale, une culture de rêveurs et de combattants politiques qui ont perdu toutes leurs batailles et qui ont encore le courage de parler, alors qu’ils ont aussi perdu la bataille contre le silence. C’est pourquoi ici je ne suis pas ambassadeur de la langue française. Je suis seulement ambassadeur de mes personnages. À quoi ressemble le langage dans lequel ils s’expriment ? À une langue variée et parfois pauvre, parfois mutilée ou, au contraire, luxuriante et baroque. Leur langue n’est pas une langue nationale, mais la langue transnationale des conteurs d’histoires, des exclus, des prisonniers, des fous et des morts. Je suis ici porte parole de leurs voix. Dans mes livres, je traduis en français les fictions qu’ils produisent pour protester contre le réel, pour saboter le réel ou pour transformer le réel.
Voilà pour la langue.
[...]
J’ai parlé d’inconscient collectif. Ce qui est avant tout à l’origine de mon travail, c’est la mémoire collective. Il y a en effet une volonté constante de s’approprier et d’utiliser, dans chaque livre, à chaque page, à chaque moment, des souvenirs communs aux individus qui ont traversé le XXe siècle. Au delà des individus, bien entendu, et quelle que soit leur expérience réelle des événements, il y a l’expérience historique, sur plusieurs générations.
Lénine prophétisait « un siècle de guerres et de révolutions ». C’est bien là que s’abreuve la mémoire de mes personnages. Lénine ne s’est pas trompé dans sa prédiction, mais il a été trop optimiste. Sa description prémonitoire du XXe siècle était incomplète. Aux guerres et aux révolutions se sont superposés les massacres ethniques, la Shoah et les camps, camps de concentration, camps de travail, camps de rééducation, camps de réfugiés, et j’en passe, car les variantes ont été nombreuses.
Le XXe siècle malheureux est la patrie de mes personnages, c’est la source chamanique de mes fictions, c’est le monde noir qui sert de référence culturelle à cette construction romanesque. La langue de mes personnages n’est pas une langue nationale, c’est la langue générale de ceux qui subissent le malheur et qui, pour contrer le malheur, trouvent des solutions révolutionnaires qui pourraient fonctionner mais qui ne fonctionnent pas, des solutions insurrectionnelles qui pendant un moment éphémère concrétisent une espérance, puis dégénèrent, se dégradent, deviennent un malheur d’un type nouveau.
La langue de mes narrateurs et de mes narratrices n’est pas une langue nationale, c’est dans certains cas à peine une langue humaine, c’est la langue de ceux qui malgré leurs efforts, tout au long du XXe siècle, ont connu seulement des défaites. En se référant en permanence aux tragédies archivées dans la mémoire collective, mes personnages épuisés prennent la parole et écrivent des livres. Ils parlent une langue étrangère au monde réel, ils recourent à des formes littéraires étrangères à la littérature du monde contemporain, ils s’expriment en inventant des formes décalées de roman des romånces, des Shaggås, des entrevoûtes, des narrats.

Antoine Volodine
: Écrire en français une littérature étrangère
Chaoïd, n°6, automne-hiver 2002

Nous sommes ailleurs, nous ne vous parlons pas

C'est une démarche d'aversion, vous saisissez ? D'aversion et de malveillance.
Yasar Tarchalski, cité par AV

jeudi 11 février 2010

Ici Golpiez, il fait très noir, répondez

Quand tout nous avait été retiré, même les masques, nous écoutions les musiques de Tchuang. Nous avions abouti sur les dépôts d'ordures ou en prison, nous étions enfouis dans les cendres jusqu'à l'oubli, et nous énumérions les morts : Maria Schrag, Siegfried Schulz, la commune Katalina Raspe, le commando Verena Goergens, Infernus Iohannes, Golpiez, Breughel, la commune Ingrid Schmitz et tant d'autres. Il ne restait plus, parmi les poètes de la subversion, que des ombres. A l'extérieur, les maîtres envoyaient leurs chiens fouiller les décombres que nous avions habités, et ils ordonnaient à leurs clowns de salir odieusement les paroles que nous avions prononcées au coeur des flammes. C'est dans ces moments de détresse que nous ressentions le besoin d'entendre un écho de ce qui avait nourri, autrefois, nos existences. [...]

Antoine Volodine

clic-clic Voix d'os Murmurat inédit en 777 mots
in Le Matricule des Anges Numéro 20 de juillet-août 1997

mercredi 3 février 2010

S'incliner comme un crack


"Dans chaque film de Cassavetes, il y a un truc piège qui vous laisse sur le carreau, il y en a même dix, vingt, ce qui explique que toute personne humaine a eu un coup de cœur pour Cassavetes.
D’abord, on l’aime parce que c’est un perdant. Gena Rowlands, Ben Gazzara en patron de boîte de nuit (The killing of a chinese Bookie), ils savent juste perdre avec classe. Ici-bas faut être drôlement salaud pour ne pas perdre un jour ou l’autre la partie décisive. Cassavetes, il s’incline comme un crack, comme un as, c’est un peu le plus grand jour de sa vie (Brando pareil en amoché, Welles pareil en trahi). Ils ont tous perdu leur mise au jeu du cinéma. Cassavetes, il se fait beau pour le coup, il en rajoute dans l’élégance, on se dit il est mort avec le sourire ce bandit, en emportant son secret, celui du bookmaker chinois, le grand détachement.
On peut donc organiser de gigantesques scènes de ménage, voyager avec ses amis, défier des gangsters, qu’importe, si on n’est pas tout à fait là, on ne se fait jamais vraiment coincer.
Lui, le beau ténébreux nerveux, c’était l’as du détachement."
Michel Butel, Détachement
Regards sur Cassavetes, Supplément d'âme hors série numéro un

John Cassavetes filmait des personnes humaines. Il est mort le 3 février 1989 des suites d'une cirrhose.